et oui, c'est fini. je ne te verrais plus comme avant. je te croiserais encore un peu, on s'échangera des nouvelles, on se présentera les nouveaux, les nouvelles...mais plus comme avant.

presque trois ans que je te connais...je te vois tous les jours. le matin, le soir...quelque fois, on s'appelle dans la journée. c'est arrivé que tu m'appelles en me disant "viens vite, tout de suite"...et j'arrivais.

c'est arrivé que tu m'offres des petits cadeaux...une part de pain de semoule, de couscous...un bout de gateau, un verre de thé.

le pire restera ce paquet d'herbes rapporté du bled, un jour de mal de ventre "tiens, prends ça, en tisane, un gros bol, ça va te bloquer la gastro". hmm. mon métabolisme avait pas supporté: j'ai eu le temps de finir le bol avant de passer la nuit à me vider...

tu es celle qui mange des gourgettes, qui prend le censeur pour aller jusqu'à ton 7ème étage...

ton 7ème étage...je me couviendrais longtemps d'un jour de juillet, il y a deux ans, 8h du matin, déjà plus de vingt degrés à l'ombre...j'arrive avec tom, en poussette, avec sa boîte de lait, les bouteilles d'eau...le censeur en panne. l'autre aussi. 7 étages à pieds, chargée comme une mule.

presque trois ans de sourires de Tom qui te voit le matin (en tout et pour tout, il a dû pleurer deux fois en nous voyant partir). qui t'embrasse, qui parle de toi.

après plusieurs mois dans le brouillard, tu m'as rassurée sur ma capacité de mère. tu as couvert, chaque jour, mon fils de compliments. un jour, tu m'as dit "aaaaah oui, lui, il est entré direct dans mon coeur" en te frappant la poitrine.

tu as été jalouse que quelqu'un d'autre le garde, quand tu as été malade. tu as eu des larmes dans les yeux quand on est passé te voir à l'improviste, à cette période-là.

tu m'as aidée à apprendre à mon fils à dormir, à être poli, à compter, à lire les chiffres, à ne pas avoir (trop) peur des gens, et à avoir un peu peur quand même des chiens.

tu lui as appris quelques mots en arabe. tu m'en as appris aussi.

on n'a pas toujours été d'accord sur tout, et bizarrement, on ne s'est jamais fâchées. ça m'arrive de ronchonner après toi, comme envers n'importe qui de proche...

tu ne me dis pas toujours tout, je sais. mais je ne te dis pas toujours tout non plus, va.

Tom a aussi appris comme ça que les règles ne sont pas forcément les mêmes partout.

finis donc les mêmes trajets tous les matins, tous les soirs...enfin pas vraiment: on se reverra à partir de septembre, un jour par semaine...difficile de couper le cordon...allez, on peut bien te le dire, maintenant...quand on a parlé de déménager il y a deux ans, tu as pesé très lourd dans la balance...difficile alors pour moi, égoïstement, de m'éloigner de celle qui m'accompagnait, me rassurait, me conseillait...

voilà...c'est fini...ce soir nous viendrons chercher tom, tous les deux...on se souviendra peut-être de la première fois qu'on est repartis de chez toi, sans lui...des coups de poings dans le bide une fois le censeur fermé...

ce soir, on évitera de montrer qu'on est un peu tristes quand même, on se dira que c'est un jour comme un autre...gloups.